Si les poissons à cuisses et les salades mutantes...

Blog de varandzo :Le Varan, Si les poissons à cuisses et les salades mutantes...

Alors : on peut commencer par le sujet "Si les poissons à cuisses et les salades mutantes... et on continue : avaient des plumes, les pétruches auraient des dents ; ça n'a, déjà, aucun rapport avec Marguerite Lafarine. Mais les mouettes ont toutes attrapé la grippe aviaire, y'a quelques temps, c'est pour ça qu'on ne la voit plus, celle-ci de la télé qui s'appelait Loana : elle est confinée, bicoze le Ninistre a dit TOUTES les volailles, sauf les poulets de Bresse d'origine contrôlée. Si Loana avait été un poulet de Bresse d'origine contrôlée, on l'aurait su.

Donc, un jour, Marguerite Lafarine, qui, pourtant, n'avait pas été enceinte depuis longtemps (beurk !!!) eut une envie. Roger était au boulot à sauter sa secrétaire en échange de l'éventualité de l'acceptation d'une petite augmentation de salaire (sous réserve qu'il aurait le droit de la fouetter si elle faisait des fautes d'orthographe -faut pas déconner)(pis, aussi, elle était jolie, la secrétaire, avec ses jarretelles, c'est de la provoc) et elle se dit donc qu'elle n'aurait aucun scrupule à avoir pour satisfaire, elle aussi, son propre désir ; y'a pas de raison.

Elle se rendit donc, après avoir chaussé son chapeau ridicule de bourge, ses escarpins vernis et son parapluie -il bruinait- à la poissonnerie la plus proche de chez elle et de laquelle elle était cliente depuis maintenant plusieurs années déjà.

Marguerite demanda poliment à l'ouvreuse locale et obséquieuse commerçante de la fournir, s'il vous plaît en sardines, et des bien grasses autant que possible. "Vous savez, dit la zelle, ça va puer, chez vous, si vous cuisinez ça sans préavis.

 

  • Depuis le temps que Roger se tape des morues derrière mon dos au travail, fit Marguerite, je pense que j'ai bien légitimité de m'enfiler quelques sardines à la maison si le désir m'en prend...

  • Un peu macho, fit la sonnière, comme propos, vous vous rendez compte, zavez pas honte ?

  • Si, un peu, répondit Marguerite, mais caisse que ça change, hein, de dire des zorreurs, je vous le demande.

  • Ben, vous pourriez essayer des petits filets de merlan, proposa la poisse, bien roulés dans la farine, à la poêle...

  • Foutez pas de ma gueule, dit Marguerite, moi aussi, ça fait des années que je suis roulée dans la farine à poil ; ça m'a pas trop réussi, je vous signale.

Pendant ce temps-là, Roger Lafarine avait fini sa petite cuisine mais ne se déclara pas entièrement satisfait de sa subordonnée ; celle-ci non plus, au demeurant, puisque l'aventure présente n'avait alors pas l'heur d'arranger ses affaires. Elle pensait bien aller se plaindre aux prud'hommes -qui ne sont pas, pour autant, des hommes prudes- ou au syndicat, mais ça risquait plus d'empirer encore les choses qu'autre chose. En plus, rien n'indiquait non plus que les notables en question ne soient sensibles à la chose : entre la poissonnerie et la volaille, sans doute n'aurait-ils eu que des connaissances par trop fragmentaires.

De surcroît, il faut bien reconnaître que Roger Lafarine, en bon bourgeois, montrait une fâcheuse propension à considérer autrui que comme des cons, surtout les inférieurs. Il était, certes, très démocratique, donnait à l'école libre et aux oeuvres mais, pour autant, avait quand même un peu tendance à considérer que la plèbe lui devait respect et dévotion, sans parler d'une obéissance absolue et de quelque gratitude. Sa secrétaire ne pouvait se révolter, il n'aurait pas compris. Il pensait très sincèrement que son statut lui donnait pouvoir de juger et décider de la vie du peuple, du bon droit des gens à faire valoir telle ou telle prérogative, tout autant que de la manière de se comporter ou d'éduquer leurs enfants. Pas simple.

Je vais jamais y arriver, moi : deux fois que je perds mon texte... La première fois, j'ai cliqué sur la mauvaise case et la deuxième, la bécane a planté ; ça doit être Marguerite Lafarine qui me porte la poisse. Elle m'aura vraiment fait chier jusqu'au bout, celle-là. Bon, allonzi. Marguerite Lafarine, malgré tout, bien décidée à ne pas bouffer ses sardines sans quelque accompagnement, laissa traîner ses pas jusqu'à chez la marchande des quatre fromages du coin. C'est logique, non, zavez déjà bouffé de la salade sans fromage, vous ? Et zavez pas lu le titre ? Faut tout leur dire, c'est pas vrai, ça.

Celle-ci, de marchande, déballa son sac. Elle raconta à Marguerite qui, pourtant, uniquement et comme quant à l'accoutumée préoccupée de ses propres problèmes et qui, donc, n'en avait rien à foutre, tous les déboires de la profession. Les vaches folles, les asticots transgéniques, le nuage de Chern'O bile et maintenant la grippe aviaire... "Même la salade, lui dit-elle, s'y mettait... Les limaces, de nos jours, étaient intégrées aux feuilles, celles-ci tellement lisses que l'huile et le vinaigre n'y accrochaient plus. Pareil, les asticots, les larves, les bêtes, faisaient directement partie de la plante, on pouvait plus nettoyer, fallait bouffer la vermine avec la salade, elle se transformait, aurait-on dit, en certains fromages explosifs qu'on trouve dans Astérix... "Tout fout le camp, ma bonne dame, dit la fromagère, si c'est pas malheureux..."

Marguerite Lafarine quitta la boutique sans faire plus de commentaires que ça. De toute façon, la volaille, ça ne lui évoquait guère d'autre souvenir que quand sa fille avait tenté de se suicider en se jetant dans les toilettes -pas facile, ça, déjà- mais, comble de l'habileté, en tirant la chasse d'eau à la fin à cause de Marie Claude Gala à Marseille (zavez ka lire les autres chroniques de ce blog si vous comprenez pas, c'est marqué dedans). Elle s'en contrefoutait de plumer les sardines avant utilisation, pourvu que la salade fut verte et que l'huile s'en gouline ; seules ses propres affaires avaient de l'intéresser.

C'est donc sans doute à cause de l'impression bizarre que lui avait faite cette fromagère dépressive que le son d'un piano-jazz qui parvint soudain, de la glace ouverte d'une voiture qui passait à propos, lui rappela immédiatement, lui fit venir à l'esprit, telle une libre association de chez le psy, la tronche d'un autre siècle, l'évocation transgénique de Michel Petrucciani -je sais pas comment ça s'écrit, c'est pour ça que d'habitude on dit Pétruche... J'ai pas de site sur lui, non plus, bicoze je cours pas après. Mais bon, c'était un bon gars. Salut Pétruche !- préfigurant dignement le message de l'art contemporain face à la folie biotechnologique des hommes en mal de profits pernicieux et de sources d'énergie non renouvelables. Mais le problème, c'est que, comme toutes les associations de chez le psy, celle-ci générait comme parasites tant les autruches que les baudruches, de telle sorte que cette pauvre Marguerite Lafarine avait bien du mal à dépatouiller le cours de ses pensées des sardines à cuisses de Roger, des poupées gonflables et de la volaille grippée qui lui faisait concurrence déloyable dans l'exercice plutôt limite de sa sexualité conjugale. Où, pour dire les choses autrement, elle était pas sortie de l'auberge.

Pour conne qu'elle était -et il est patent qu'elle était bien partie pour le rester : la perpétuité ne s'assortit pas nécessairement d'une période de sûreté quand on sait que le condamné n'a aucune chance de recouvrer la liberté- elle avait bien mesuré que ses cuisses à elle  ne vaudraient celle d'une morue basique de Roger que le jour où les autruches troqueraient leur grippe avicole contre un râtelier de mâchelières, le jour où Pétruche, ressuscité, ressemblerait à George Cloné et où les ballons gonflables deviendraient d'autant plus sexy qu'ils auraient tout soudain du charme et de la conversation... Elle se faisait pas d'illusions, quoi.

Je pense que c'est ça qui la rendait un peu dépressive... N'empêche, elle aurait été agréable, avenante et sympa, il est probable qu'on aurait eu quelque sympathie pour elle, voire, finalement que sa vie aurait été telle que, peut-être, elle s'en serait foutue, de tout ça, de pas avoir l'air jeune alors qu'elle virait vieille. Mais là, de toute façon, elle allait finir comme une vieille peau, une vioque de bourge égocentrique ne valant même pas le prix des pots d'anti-rides professionnel que Roger lui payait pour qu'elle lui foute la paix. Une vioque de moche dont personne ne voudrait plus jamais et dont la carcasse ne justifierait même pas l'achat d'une poubelle. Beurk, oui, voilà, c'est le mot que je cherchais. Joyeux Noël.

samedi 24 décembre 2011 16:30 , dans Chroniques du monde perdu


Si vous aviez su, mon dieu, comme il était con, le jardinier...

Blog de varandzo :Le Varan, Si vous aviez su, mon dieu, comme il était con, le jardinier...

Il était une fois un jardin. Un beau jardin. Et c'était un jardin nécessairement en rapport avec cette chronique, ça va de soi.

Comme tout jardin, ce jardin-là était nanti d'un jardinier, forcément. Un tout petit jardinier. En vrai, on ne sait plus si c'est le jardin qui était très grand ou le jardinier très petit. Bon, relativement, il y avait une grande différence de taille entre le jardin et le jardinier, voilà, zêtes contents ?

Ce jardinier avait comme particularité d'être un jardinier carottier, c'est à dire qu'il cultivait principalement des carottes ; ça va de soi, non ? Il existe donc des jardiniers patatiers, des jardiniers poireautiers, des jardiniers haricotiers et des jardiniers topinambourriers... Bon, je vais pas faire toute la faune comme ça non plus.

Alors après, ça veut pas dire qu'il n'y poussait que des carottes, dans ce jardin, sinon, ça s'appellerait pas un jardin mais un champ de carottes... Mais ce qu'il y a, c'est que ce jardinier-là était principalement spécialisé là-dedans, c'est tout. M'interrompez pas chaque fois non plus, sinon on va jamais y arriver.

Bon alors ce jardinier carottier, il avait aussi comme particularité d'être nul dans son métier, on y croit pas, non seulement il était spécialisé dans la carotte, ce qui ne le rendait que très peu efficient pour toutes les autres plantes, mais en plus il n'était pas très bon dans la carotte non plus dans laquelle il était pourtant spécialisé. Je vois d'ici la tête des sicanalisses qui pensent que je suis obsédé sexuel. N'ont pas tord (c'est pas une faute d'orthographe, c'est fait exprès)  non plus, notez bien, mais ça n'a rien à voir.

Après ça, ce tout petit jardinier, il n'était pas capable de faire pousser des carottes correctement mais ça n'a rien à voir avec son prénom puisqu'il s'appelait Lucas... La preuve c'est bien qu'au début, je pensais l'appeler Barbarbara -après tout y'en a bien des qui habitent à Courcouronnes- mais ça aurait fait un drôle de nom pour un petit carottier. En plus, puisque nous en sommes à cette sorte de choses, la photo, c'est justement son jardin après son travail, ça prouve bien au monde qu'il n'était pas très balaise pour les carottes. C'est pas une maladie de peau. C'est pas de la bonne couleur, c'est tout, passe qu'en vrai il s'appelait pas Lucas mais Léon.

Et donc, un jour, Lucas mais Léon rencontra une femme. Elle n'était pas particulièrement intéressée par les petits, ayant elle-même grande ambition, mais se sentait souvent d'humeur vigoureusement carottière. C'est malheureusement souvent les femmes des autres qui sont comme ça. C'est la vie.

Pour le coup, Lucas mais Léon devint follement amouriste de sa grande carottière, laquelle, par contre, ne l'entendait pas de cette oreille s'il continuait à laisser son champ ressembler au goudron devant le garage d'un chroniqueur caustique et iconoclaste de jour. Les taches noires, c'est passe qu'il a plu (pas le goudron, le ciel). Il promit de s'améliorer (pas le goudron non plus, le carottier).

Elle lui trouvait, d'ailleurs, aussi d'autres défauts ; il était trop petit, comme carottier et il avait aussi un prénom ridicule, qui laissait penser qu'il pourrait changer de couleur à la première occasion. C'était pas qu'elle soit particulièrement raciste mais bon ; ça ne lui convenait pas. Elle était très exigeante.

Celle-ci, comme grande carottière, commença donc par décider de refaire ce petit jardinier nulache, de façon à ce qu'il soit plus présentable. Son prénom, déjà ; Lucas mais Léon, elle n'en voulait plus entendre parler. Elle chercha donc à le rebaptiser et, après mainte hésitation, se fixa sur "Nicolas" qui lui semblait suffisamment passe partout pour que cela ne lui fasse pas d'ombre à elle : notez bien, elle, de prénom, elle n'en avait pas. En plus, saint Nicolas se trouve, dans la légende (en Lorraine je crois) être le gars qui, dans les chansons, transforme le petit salé en enfants (c'est le contraire de moi qui ait composé la chanson qui transforme les enfants en rôtis de porc (je la ramène régulièrement, celle-là). Et cette grande carottière, ça lui semblait le comble de l'ambition, de telle sorte que son petit jardinier serait, pensait-elle, sous la coupe d'une bonne étoile avec ce prénom-là.

La deuxième étape fut beaucoup plus dure : il fallut lui apprendre à jardiner comme il faut. Un carottier digne de ce nom ne pouvait en effet pas plus longtemps continuer de transformer le terreau en goudron, s'il voulait que cette grande femme continuât de s'intéresser à lui. Il promit d'essayer et s'inscrivit céans à un cours du soir ad hoc. Elle l'aurait d'ailleurs bien souhaité plus grand, Nicolas, mais y'a pas de cours du soir approprié. Comme quoi, c'était quand même une femme très réaliste. Au moins qu'il apprenne à jardiner comilfo, ce con.

Car con, oui, il l'était très certainement -d'ailleurs, y'a pas le choix, c'est dans le titre. Déjà, s'appeler Lucas mais Léon, faut être gratiné ; ensuite, accepter de changer de prénom à cause d'une grande carottière, faut en avoir une autre couche. Après, être soi-même un carottier nul au point de transformer du terreau en goudron pour avoir essayé d'y faire pousser des carottes, on frise le paroxysme. Et on l'atteint en prenant des cours du soir de la chose tout en regrettant de n'être pas plus grand.

Avec ça, oui, le titre a raison, un croyant en Dieu y perdrait son latin de cuisine et se demanderait pourquoi ce malheureux jardinier était aussi mal loti que ça... Mais ça ne découragea pas la grande carottière qui avait fort d'ambition pour son petit jardinier (j'aimais autant quand il s'appelait Lucas mais Léon, moi...) qu'elle avait rebaptisé Nicolas.

Bon, bref, on va pas coucher ici non plus. Les cours du soir portèrent leur fruit et Nicolas commença a savoir faire pousser ses légumes. Il y mettait tout son coeur, au sens où, sans doute, sa vie sexuelle et sentimentale -à moins que ce ne fut l'inverse- en dépendait. Il resta, bien sûr, toujours aussi con -y'a même des choses que Dieu ne saurait parvenir à faire changer. Et maintenant, il laboure, dans son jardin, il gratte, il sème, il taille, récolte et fout des pesticides nocifs en quantité appropriée, d'aucuns racontent même qu'il entretient parfois des relations étranges avec son épouvantail... Ah, oui, aussi, purée (de carottes) j'allais oublier : dans son jardin, régulièrement, Nicolas sarcle, aussi.

dimanche 20 novembre 2011 18:08 , dans Histoires vraies


Sur l'évolution humaine

Blog de varandzo :Le Varan, Sur l'évolution humaine

Il était une fois, il y a à peu près sept millions d'années, des singes en Afrique, qui vivaient dans les arbres qu'il y avait là (zauraient pas non plus pu vivre dans ceux qu'il y avait ailleurs). Et le plus rigolo c'est que l'histoire commence par une énigme que l'on ne résoudra sans doute jamais : ces singes, comme tous les autres, étaient par nature quadrumanes, puisqu'arboricoles. Pourquoi diable se sont-ils mis à marcher sur leurs pattes de derrière une fois au sol ? Ce ne sont pas les conjectures qui manquent, mais les scientifiques qui les formulent, bien que revendiquant souvent, du fait de ce titre, de la crédibilité, n'en savent pas plus que vous et moi à ce propos ; je vous renverrai donc aux différents livres qu'ils ont écrits à ce sujet et me contenterai de prendre acte du fait. Un singe, il y a sept million d'années, s'est mis à marcher sur ses pattes de derrière : au XX° siècle, les hommes l'ont appelé Toumaï.

Et Toumaï a fait école : par la suite, de nombreuses espèces de préhominiens ont adopté (du moins partiellement) la locomotion bipède ; Australopithecus afarensis est le plus célèbre d'entre eux, à cause d'un squelette presque complet retrouvé en Tanzanie (je crois) par l'équipe de Richard Leakey et Yves Coppens (plutôt que de chercher à les départager, puisqu'ils revendiquent tous cette découverte, autant tous les citer -paraîtrait qu'ils fouillaient ensemble) et qui fut baptisé "Lucy" (c'était une femelle) à cause des Beatles.

Mais bon, l'important n'est pas là. Il faut savoir que le gag réside encore dans un processus chaotique : il y a un peu plus de trois millions d'années s'est ouvert à l'est de l'Afrique une immense vallée (on l'appelle aujourd'hui la rift-valley ou vallée du grand rift) de 10 000 km de long sur 50 de large : de fait, toute la partie est du continent a ni plus ni moins failli se détacher -ça viendra bien un jour.

La conséquence climatologique de cet évènement tectonique a été des plus simples : les pluies se sont concentrées à l'ouest du rift (l'ouverture du rift a généré des montagnes, comme vous pourrez le constater demain midi en repoussant avec votre fourchette de la purée dans un coin de l'assiette -si elle est ronde, l'assiette, vous êtes mal barrés- pour ouvrir un rift dans votre mousseline -et paf, deux francs pour la pub) au sens où les montagnes ont empêché l'humidité émanant de la forêt d'aller jusqu'à la mer ; tout le côté est (trop petit pour que ce phénomène se produise) s'est trouvé, en quelques années, recouvert par une savane aride, ce qui a constitué une modification radicale de l'écosystème et, par parenthèse, a généré une extinction de nombreuses espèces animales vivant là, jusqu'à présent, en forêt, et totalement inadaptées à la savane.

Une chose semble tout à fait certaine, y'avait pas de varans -on s'en fout, notez bien.

Comme on l'a vu avant, les conditions pour que l'évolution puisse se produire sont réunies : les singes côté savane sont bloqués par le rift et ne peuvent plus aller s'accoupler avec ceux qui vivent à l'ouest : voilà donc une petite population isolée. Par ailleurs, un changement climatique induit un changement dans l'écosystème et on peut imaginer que celles des espèces qui survivront auront comme particularité de posséder un caractère apparu avant pour tout autre chose (même si on ne sait pas pourquoi) mais qui va pouvoir s'avérer utile.

Nous y voilà : dans notre savane, il y a au moins une espèce de singes qui sait marcher sur ses pattes arrières (y'en a sans doute eu beaucoup plus mais on va faire comme s'il n'y en avait qu'une pour rendre le récit plus clair ; ne soyons pas dupes de cette erreur volontaire).

Là, faut reprendre Yves Coppens : dans sa première version de la théorie de "l'Est side story" il proposait de penser que la bipédie était apparue à cause du changement d'environnement... C'est tout simplement impossible, au sens ou pour faire un bipède d'un quadrumane, il aurait fallu des millions d'années, et le changement climatique a été très rapide (ça doit se chiffrer au maximum en centaines d'années, et encore...) ; le singe, pour survivre grâce à la bipédie, devait nécessairement l'être avant que la catastrophe ne se produise. De fait, c'est rigolo, parce que quand on a découvert Toumaï, j'ai entendu Coppens à la télé dire qu'il s'était trompé avec la théorie de l'Est side story : ça prouve que même quand il a raison, Coppens, il se plante. En effet, il me semble que l'absence de fossile bipède à l'ouest du rift invaliderait la théorie de Coppens, alors que sa découverte vient la confirmer... Coppens, depuis, a changé de discours (faut pas déconner, je ne suis quand même pas le seul à avoir pensé à ça). À noter d'ailleurs que si Brunet (j'aime pas Brunet) a découvert Toumaï, c'est pas par hasard mais bien parce qu'il le cherchait et parce qu'il avait compris que la bipédie ne pouvait être apparue à la suite d'un changement climatique dans la vallée du rift. Belle pensée scientifique -n'empêche, j'aime pas Brunet -il me rappelle Marguerite Lafarine, dans sa façon d'être...

Et donc, ces singes capables de se tenir sur leurs pattes arrières ont pu mettre à profit ce caractère dans la savane, tant dans le repérage des prédateurs que la recherche de nourriture (on voit bien plus loin debout qu'à 4 pattes, faites l'essai, vous m'en direz des nouvelles).

Or donc, notre singe... Dans ce nouvel environnement où la bipédie va passer du statut de faculté supplémentaire à celui de caractère nécessaire à la survie, il va (le singe, pas le statut) nécessairement se mettre à évoluer, de façon, là encore, tout à fait logique... Arrêtons-nous donc sur les principaux points de cette évolution.

Commençons par le bas, les pieds : à l'origine, pour un animal quadrumane, il est clair que les pouces opposables des membres inférieurs, s'ils ont une grande utilité dans les arbres, se transforment en handicap dès qu'il s'agit de vivre principalement au sol, dans la mesure où ils deviennent facteur de déséquilibre en rendant l'animal bancal... Là, l'évolution fonctionne d'une façon toute simple, que l'on va retrouver à plusieurs reprises dans notre réflexion : ceux qui ont un pouce plus opposable que les autres courent moins vite ; de fait, et confrontés aux prédateurs, ce sont ceux-là qui se font systématiquement bouffer en premier, diminuant par là leurs chances de reproduction... et par voie de conséquence la possibilité de transmission du caractère "pouce des membres inférieurs opposable"...

Au dessus, il y a les genoux qui vont se bloquer ; si vous regardez, aujourd'hui, nos cousins chimpanzés ou gorilles marcher sur leurs pattes arrières, vous constaterez que leurs genoux restent toujours fléchis, et que cela nuit à l'efficacité de ce mode de locomotion... Et qui c'est qui se fait encore bouffer en premier ?

Après les genoux, il y a le bassin. Le bassin devient de plus en plus étroit (quand je raconte ça à ma femme, elle ricane, je sais pas pourquoi) ; en effet la largeur du bassin a aussi à faire avec l'efficacité de la marche bipède : la question posée est celle du centre de gravité.

Chez un animal quadrupède, le centre de gravité du corps se situe à l'extérieur de celui-ci, sous le ventre, sans doute à peu près au milieu ; situation très efficace sur le plan de l'équilibre. Pour un animal bipède, la situation se complique : le centre de gravité est à l'intérieur du corps, chez nous entre le nombril et le pubis, à peu près au milieu de la profondeur. De fait, lors de la marche, le centre de gravité se trouve faire un mouvement de balancier à mesure que l'équilibre global se stabilise sur une jambe ou sur l'autre. Par conséquent, plus le bassin est large, plus ce mouvement de balancier est important et nécessite, donc, de temps, et moins, par conséquent, le bestiau court vite... Le lion de service bouffe donc chaque fois en premier celui qui a le bassin le plus large -je vais pas expliquer ça quinze fois non plus. Tiens, d'ailleurs, si vous avez remarqué, de nos jours, chez les humains, ceux qui sont plus larges courent moins vite que ceux qui le sont moins -sauf que ça n'est plus vital. Mais le principe n'a pas changé.

Au dessus du bassin, il y a la colonne vertébrale. Le changement qui l'affecte ne constitue pas une évolution à proprement parler mais plutôt une conséquence de l'évolution : de la jolie courbe harmonieuse qu'elle constitue au départ, pour se maintenir en équilibre vertical, elle se mue en une espèce de "S" flageolant mais qui, bon, oui, tient debout... Par parenthèse, différents auteurs pensent que nos maux de dos (scolioses et autres sciatiques) ainsi que la fragilité de nos genoux (chez les sportifs, ce sont toujours les ménisques qui lâchent en premier) sont des conséquences de l'évolution, au sens où, justement, ces genoux bloqués ou cette colonne travaillant dans une position pour laquelle ils n'ont pas été conçus au départ se trouvent nécessairement en situation "limite" et donc proches de la panne. Ajoutons que notre organisation sociale nous protège aujourd'hui, de telle sorte que l'évolution ne peut plus continuer (je n'ai pas dit que c'était un mal !). De fait, en situation "naturelle" les genoux fragiles ou les sciatiques constitueraient un handicap pour leurs porteurs, de telle sorte que la sélection naturelle éliminerait les sujets susceptibles de présenter de telles difficultés. Nous ne sommes pas allés jusque là...

Je passe sur les bras ; ils sont devenus plus courts... Certes, sans les arbres, les bras très longs ne servent à rien, mais ça ne justifie pas qu'ils aient raccourcis... Par contre, on peut supposer que lors de la marche et surtout de la course en position bipède, des bras très longs peuvent avoir un effet de balancier et donc déséquilibrer le sujet... Je n'ai jamais eu l'occasion de lire quoi que ce soit à ce propos (si quelqu'un a une référence biblio à ce sujet, qu'il me la fasse passer ; merci).

Enfin, la tête. C'est souvent elle qui pose le plus de question (c'est rigolo, ça comme formulation) au sens où, dedans, il y a un cerveau dont on s'enorgueillit, parfois pas à si bon escient que ça ; mais bon. Un truc est certain, c'est qu'elle grossit ; et les hypothèses pour expliquer ce grossissement sont nombreuses et parfois ridicules : l'auto-triomphalisme domine (l'intelligence a été sélectionnée parce qu'elle constitue un avantage dans la lutte pour la survie) teinté de religiosité (l'homme fait à la ressemblance de Dieu) de sexisme (les hommes ont un cerveau plus gros que les femmes -bon, que celui des femmes, faut pas exagérer) et de racisme (si Dieu était noir, ça se saurait).

De mon point de vue, la question de la tête peut être résolue d'une façon toute différente qui ne fera pas appel à la sélection naturelle : seuls ceux qu'on appelle aujourd'hui les néo-darwiniens tentent de tout expliquer par la sélection naturelle... Il y a autre chose en jeu.

Alors le crâne... Se poser la question du pourquoi il grossit est prématuré si on ne l'appréhende pas dans l'équilibre de la structure globale du bestiau (la question posée ici est celle d'une approche holistique plutôt qu'analytique de la réalité -j'y reviendrai à l'occasion). Je messplique : si on veut comprendre ce qui se passe, il faut d'abord prendre acte du fait que ça arrive... avec les conséquences que cela porte. On assiste à un singe qui présente une double caractéristique évolutive : son bassin diminue en largeur et sa tête grossit ; la conséquence majeure de cet état de fait réside en ce que les accouchements deviennent de plus en plus difficiles... Les bébés ne passent plus et les mères meurent en couches avec eux. Les seuls, dans ce contexte, qui peuvent survivre, sont les prémas... La mécanique de l'évolution continue et le temps de gestation in utero va diminuer, sans doute progressivement, jusqu'aux neuf mois que nous connaissons actuellement.

Alors oui, évidemment, j'entends la question : de combien devrait être la gestation humaine "normale" ? Il existe à cette question autant de réponses qu'il y a d'auteurs pour l'avoir traitée... Je vous proposerai ici l'évaluation de Roger Lewin, non pas tant pour sa justesse que pour la facilité avec laquelle on peut la retenir : Lewin nous propose un temps de gestation de vingt et un mois, ce qui nous fait neuf mois dans la mère et un an à l'extérieur... Cela supposerait, à l'accouchement, sortir un bébé d'un an... On imagine le tableau. Les autres estimations sont dans une fourchette qui va de 18 à 24 mois ; comme ça, 21 mois, ça fait une bonne moyenne. De plus, si on prend tant la maturation globale du système nerveux que les capacités du bébé, si on l'imagine naître à un an, on obtient un jeune de performances tout à fait similaires à celles des autres mammifères en termes d'autonomie -il marchera bientôt, est apte pratiquement d'emblée à se nourrir de n'importe quoi etc.

Le bébé humain n'est donc pas, en fait, un bébé, mais encore un foetus, pendant la première année de sa vie ; et ça aussi, ça a des conséquences.

Pour une fois, je vais faire mon dérangeant et garder exprès tout ce qui touche au crâne et au cerveau pour la fin. Toc. On va donc commencer par le reste et, histoire de rigoler un coup, par une question : comment avons-nous perdu nos poils ? Bon ; dans une perspective darwinienne, on entend des conneries du genre "ça tenait trop chaud" ou alors avec Freud "on distinguait pas le sexe" le moins crétin étant un anglais, Timoty Taylor, qui reprendra la question de la sélection sexuelle pour ce point.

Bon bon : encart sur la sélection sexuelle : il fut évoqué à Darwin, à la grande époque, la question du paon : sa roue est un signal super à attirer les prédateurs, et il se fait inévitablement bouffer quand il la déploie... Oui mais : les paonnes, c'est ça qu'elles préfèrent, de telle sorte qu'elles n'acceptent toujours de s'accoupler qu'avec celui qui a la plus belle roue (c'est pareil avec les bagnoles, y'a donc des nanas qui sont pas plus intelligentes que des paonnes...) et que donc, un trait désavantageant du point de vue de la sélection naturelle est conservé par sélection sexuelle puisque c'est les mieux montés en roues qui s'accouplent toujours en premier... Taylor nous propose donc de penser que les femelles de ces singes qui n'étaient pas encore des hommes préféraient les mecs pas poilus... N'importe quoi (encore qu'en vrai, ça m'arrangerait plutôt, ce truc-là...).

En fait, si les êtres humains n'ont plus de poils (ils en ont toujours autant mais ils sont si petits qu'on ne les voit -presque- pas) c'est suite à un phénomène qui porte le nom de néoténie (terme à retenir...) et qui désigne la conservation de caractères fœtaux à l'âge adulte... Certaines structures ne peuvent se développer que quand le fœtus est dans l'utérus maternel et restent telles qu'elles s'il en sort... La fourrure, par exemple. Et me demandez pas pourquoi les zones phéromonales échappent à cette règle après la puberté passe que j'en sais rien -il semble que ce soit des zones différentes, au sens où, déjà, chez l'embryon, la pilosité y est beaucoup plus développée dès le début... Des hypothèses ont été avancées mais elles font plus honneur aux préjugés de leurs auteurs qu'à une quelconque réflexion rigoureuse... Pour l'instant, c'est un mystère. Désolé.

Un autre caractère néoténique qui n'est pas de moindre importance : le larynx... En effet, chez le fœtus de chimpanzé, il est vertical et migre vers le bas en devenant horizontal au dix ou onzième mois de grossesse (je ne sais plus). Chez le petit d'homme il reste vertical après la naissance à neuf mois de grossesse et ne migre pas ; heureusement pour nous aujourd'hui, passe que sinon, nous ne pourrions pas parler...

Bon, maintenant, le crâne. Avec, dedans, le cerveau.

Faut savoir que les corps cellulaires des neurones ont, aussi, cette particularité de ne pas, ou au moins très peu, pouvoir se construire quand le bébé est hors de l'utérus de sa mère. Pourtant, le cerveau du bébé triple de volume la première année (tiens donc...). Comment peut-on expliquer ce paradoxe ? Bin, c'est tout simple. Les neurones sont, effectivement, à peu près tous construits au bout des neuf mois de grossesse mais ils ne sont, pour la plupart, pas raccordés entre eux... Les axones et les dendrites, qui constituent le "câblage" de la matière cérébrale ne sont en place que pour le strict minimum, la respiration, le cœur, un peu de vue et d'ouïe, des réflexes de base, aujourd'hui inutiles mais qui servaient quand nous étions encore des singes (le "grasping", ce réflexe qui consiste en une contraction du poing si la paume est stimulée et qui servait au bébé singe à s'accrocher à la fourrure de sa mère) et, bien sûr, la succion. Pour ce qui est du reste, rien n'est branché, rien ne marche, et c'est bien pour ça que les grands prématurés risquent toujours de finir infirmes moteur cérébraux...

Le cerveau va donc avoir la première année pour se câbler ; pour décrire le phénomène, je vais, volontairement, commettre une erreur : en effet, ce câblage se fait de la même manière que celui des microprocesseurs, toutes les options sont d'abord mises en places et celles qui ne servent pas dégénèrent... Je vais faire comme si, pour simplifier mon exposé, ne se branchaient que les circuits qui servent : ne soyons pas dupes de la simplification.

Ce qu'il faut comprendre, dans ce câblage, c'est que, comme il se fait alors que le bébé est déjà né, il se fait aussi nécessairement sous l'influence de l'environnement... L'exemple le plus simple est celui de la langue maternelle. Un bébé a la possibilité d'apprendre n'importe quelle langue, mais seule celle qu'il entend parler autour de lui deviendra sa langue maternelle ; son cerveau se câble en fonction de cela et c'est irréversible. S'il veut, un jour, parler une autre langue, il pourra l'apprendre -pas comme une langue maternelle- mais il ne pourra pas oublier sa langue d'origine. En cas de traumatisme crânien ou d'accident vasculaire cérébral, il peut oublier sa langue maternelle si la zone correspondante du cerveau est détruite (lobe temporal gauche et pied de la circonvolution frontale n°3) et il devra, alors, réapprendre sa langue maternelle... comme une langue étrangère. Bon, pour le coup, pas de panique : les choses ne se jouent pas que la première année, ni même avant six ans comme le prétendent certains bouquins : j'ai vu, à plus de quinze ans, des enfants, immergés dans un pays étranger et qui, au bout d'un an, parlaient une deuxième langue aussi bien que leur langue maternelle... Les premières années de la vie d'un enfant déterminent la suite, certes, mais pas tant que ça...

Et tant qu'on lui en apprend, à ce bébé, tant son cerveau peut grossir... jusqu'à une certaine limite.

D'une part, il y a la condition de possibilité : la bipédie a généré un déplacement du trou occipital (là où se raccorde la moëlle épinière), situé, comme son nom l'indique, au niveau de l'occiput chez les quadrupèdes, vers le dessous du crâne chez nous... Sinon, le bestiau, debout, regarderait plutôt au ciel et ne verrai pas venir les prédateurs. Ce qui fait que rien n'empêche le crâne de grossir par l'arrière quand l'animal se tient habituellement debout, alors que cela est rendu impossible par la colonne vertébrale qui "bloque" littéralement l'expansion du cerveau s'il est à quatre pattes (l'animal, pas le cerveau).

C'est important, parce qu'aucun crâne de vertébré ne pourrait évoluer spontanément vers l'avant : la structure de la face est déterminée par le régime alimentaire et l'équilibre des mâchoires : une évolution de la face conduirait purement et simplement l'animal à mourir de faim : imaginez qu'une vache perde ses molaires et les remplace par des canines... Les faces avant des vertébrés évoluent quand ceux-ci changent, pour une raison ou pour une autre, de régime alimentaire, jamais l'inverse. Pour l'arrière, la question ne se pose pas.

Cependant, ce n'est pas parce que les choses peuvent se faire qu'elles doivent nécessairement se produire, y'a pas de raison. Par contre, chez le petit d'homme, il y a un point important : le crâne n'est pas ossifié à la naissance ; on peut y trouver deux raisons : d'une part, cela maintient une souplesse qui facilite le passage par les voies vaginales de la mère (voyez comme, souvent, le crâne d'un bébé est déformé à la naissance : s'il ne pouvait pas se déformer, ça poserait des problèmes). L'autre raison est encore plus simple : ce n'est pas le moment, et l'ossification du crâne n'intervient que plus tard.


Dès lors, ce crâne n'est pas ossifié, il a la possibilité mécanique de grossir, et les neurones qu'il contient se câblent de telle sorte que le cerveau peut grossir de façon importante... jusqu'à ce que les os se soudent entre eux où là, faut bien que ça s'arrête.

Si le crâne était ossifié à la naissance, les possibilités d'expansion du cerveau seraient extrêmement limitées, parce que des neurones ne peuvent pas écarter les os qui les contiennent. Si la colonne vertébrale arrivait encore derrière la tête, l'agrandissement de celle-ci serait aussi très limité... Mais dans la configuration actuelle, toutes les conditions sont réunies pour que le cerveau se sur-développe, non pas parce que la sélection naturelle l'a privilégié, mais au simple titre d'une conséquence de la bipédie... De plus, cela se passe au début de la vie, chez un petit être ultra-fragile, donc ultra-protégé, et donc ultra-stimulé, de telle sorte que cela booste encore la quantité de neurones qui peuvent se câbler chez lui tant qu'il en est encore temps. Ce qui ne veut pas dire, après, que par effet de feedback, les hommes n'aient su exploiter cette machine pour dominer plus efficacement leur environnement...

dimanche 13 novembre 2011 18:04 , dans Considérations


De la carte à fonds, et les dindouillers sur les ultra-goulettes

Blog de varandzo :Le Varan, De la carte à fonds, et les dindouillers sur les ultra-goulettes

Il a déjà été question de goule dans une chronique précédente : il s'agit d'un démon femelle -j'aime les goules, je sais pas pourquoi. S'agirait même d'un pléonasme que ça m'étonnerait qu'à moitié. Une femelle qui serait pas une goule, ça serait trop trisse... Va donc dire ça à ma femme tiens, tu vas voir comment elle va te recevoir -ce qui confirmera le diagnostic. Alors toc. Bon alors une goulette, c'est plus compliqué : soit c'est une petite goule, soit une jeune goule. L'un n'empêche pas l'autre, d'ailleurs. Bon, alors, précisons : elle est forcément majeure et consentante pour ce à quoi nul d'entre nous n'avait encore pensé, à se demander pourquoi je consacre tant d'énergie à l'écrire ; c'est vrai, quoi, à la fin.

Mais alors, une ultra-goulette, vache à plumes, ça hurlise, ça te me fout dans le fricotin des artibules aux glubs -si, bien sûr, j'ose m'exprimer ainsi. Une ultra-goulette, c'est comme quand de toute façon c'est même pas la peine d'essayer, au sens où tu vas pas assurer, c'est couru d'avance, trop rapide, pas assez costaud, pas assez bien lavé, trop bien rasé, pas comilfo habillé, trop mal déshabillé, tout cloche, une ultra-goulette, c'est pire qu'à la télé où, au moins, les barbies, elles ont l'air connes -et par conséquent ne font pas envie -au moins à moi -j'aime pas la dinde, même à Noël.

Pis là, je sais pas si vous avez vu, ultra-goulette est au pluriel, y'a un "s", ça fait que des ultra-goulettes, y'en a plusieurs -sinon j'aurais dit "une" ultra-goulette ; ça en fait, des oeufs de chasteté en perspective. Il y a des tas d'ultra-goulettes dans tous les coins, plus rien à faire.

Alors là oui, je vous entends à deux mille (on sait pas à deux mille quoi) : les malheureuses ultra-goulettes (c'est chiant à écrire, ultra-goulettes, alors j'ai sélectionné, fait "ctrl+c" et maintenant, à chaque fois que je veux écrire "ultra-goulettes", je fais "ctrl+v", c'est magique, ça écrit "ultra-goulettes" sans rien faire, le pied ; ultra-goulettes ultra-goulettes ultra-goulettes ultra-goulettes.

Et alors donc, les malheureuses ultra-goulettes, elles sont toujours toutes seules, pire que des moches -une moche, au moins, avec un peu d'amour, y'aura toujours quelqu'un pour la trouver belle ; alors qu'une ultra-goulette, même sans amour, y'aura jamais personne pour la trouver moche, ça fait qu'elle se retrouve toute seule comme une conne. C'est malin.

Bon, alors, la parenthèse, c'est que c'est pas mon doigt devant l'objectif, sur la photo, c'est juste une vue de l'espace de la terre avec le soleil en train de se lever -mais j'ai pas mis le soleil au milieu du cliché, passe que ça serait trop éblouissant, alors on verrait rien. Alors que là, c'est foutredieusement poétique. Epi bien sûr, ça a un rapport avec le sujet de ma chronique. Bon,  je sais pas encore lequel, on verra ça tout à l'heure. N'empêche que y'en a un.

C'est donc des ultra-goulettes (flamboyiste, "ctrl+v"!!!) toutes vierges -mais c'est aussi un pléonasme- trisses et que y'a le soleil qui se lève sur la terre même si elles ne sont pas dans l'espace : on peut pas être partout.

Par contre, elle sont sous les dindouillers : lisez bien le titre : et les dindouillers SUR les ultra-goulettes ; c'est clair. But : caisse qu'un dindouiller ?

Il existe des andouillers, ce sont des bois de cerfs : "Branche inférieure des bois des cervidés, dirigée vers le bas". J'ai lu ça dans le dico, où ça se situe pile entre "andouille" et "andouillette" lesquels constituent tous les deux des boyaux farcis. D'où l'expression : "Ta gueule, boyau farci" si un jour d'aventure vous croisez Marguerite Lafarine. C'est pour ça qu'on la surnomme "cul-serrré" comme vous le sauriez si vous panpaniliez régulièrement. La différence entre "andouille" et "andouillette" c'est que "andouille" ça se mange froid (comme la vengeance) et "andouillette" ça se mange chaud (comme rien du tout). On pourra donc en conclure que "andouiller" c'est un boyau farci qui se mange tiède. Donc, si vous croisez Marguerite Lafarine, n'oubliez pas de lui dire : "Ta gueule, boyau farci comme la vengeance" de ma part. Merci d'avance.

Mais je vois vraiment pas pourquoi les cervidés ont des boyaux farcis sur la tête ; à croire qu'ils se prennent pour Marguerite Lafarine soi-même qui, aux dires de Julos Beaucarne -c'est malheureux, je sais même pas comment ça s'écrit : si tu me lis, Julos, soit pas vexé, merci (c'est affreux, si ça se trouve, Julos Beaucarne il est mort) (tiens, d'ailleurs, pas con, je vais aller chercher sur google si je trouve un truc sur Julos Beaucarne. Je reviens dans cinq minutes. Bon, alors, j'ai pas fait de faute d'orthographe et il est pas mort (apparemment sa femme, si, et ça n'a pas l'air marrant... toute ma sympathie, Julos...)(Bon, pour les liens, y'en a plein sur google, zavez ka aller les chercher vous-mêmes. Marre à la fin.)- fait partie de ces gens qui à force de vouloir péter trop haut ont fini par avoir le cul à la place du cerveau. C'est exactement ça, Marguerite Lafarine, elle a le boyau farci serré sur la tête, comme un cerf. C'est normal pisse qu'à cause de ça, Roger y saute sur tout ce qui bouge, c'est aussi écrit quelque part dans ces textes, je peux pas aller voir à votre place. Toute façon, moi, je sais déjà, comme c'est moi ka écrit.

Après ça, les choses sont un peu compliquées : je vois pas comment une ultra-goulette pourrait avoir un boyau farci tiède sur la tête : ce serait plus une ultra-goulette, ce serait juste une moche qui a de bonnes chances de le rester... Et si elles sont plusieurs, c'est encore plus bazardesque... sauf s'il s'agit d'une épidémie... Bingo !!!

Il s'agit donc d'ultra-goulettes victimes d'une épidémie bizarre qui leur fait pousser des boyaux farcis tièdes sur le crâne -zon ka prendre un dolitête- qui les transforme peu à peu en transfuges de Marguerite Lafarine... L'horreur. Et elles deviennent des dindes, bien-sûr, c'est pour ça qu'on dit qu'elles sont sous les dindouillers, hé, patates ! Même si c'est dégueu, la dinde, ce sera peut-être meilleur avec des patates. Des dindes interplanétaires, c'est pour ça qu'elle voient le soleil se lever sur la terre de l'espace. Les pauvres. C'est pas ça qui va les déniaiser. Comme elles sont devenues connes -comme Marguerite Lafarine ou les dindes de la télé- faudrait aussi les déconner : c'est pour ça que d'habitude on dit : "faut pas déconner !" hé bin là, si, justement, faut déconner. Faut déconner et déniaiser les malheureuses ultra-goulettes transformées en dindes interplanétaires par une épidémie qui leur colle des boyaux farcis tièdes sur la tête. C'est l'enfer.

Alors donc, ces malheureuses dindes en orbite, le cloaque entre les yeux et les cornes de Marguerite Lafarine pour se faire déniaiser et déconner pendant qu'on la traite de boyau farci tiède. C'est un peu compliqué, il s'agit d'une grave épidémie qui touche les ultra-goulettes. Mais d'ailleurs, la question est bien toujours là, puisque le fond, n'est-ce pas, le séant, c'est précisément en lien avec le surnom de Marguerite Lafarine, quand on y pense. Elles vont prendre un bain de siège à la rentrée dans l'atmosphère si le bouclier thermique tient le choc ; un bain de fond.

                               Blog de varandzo : Le Varan, De la carte à fonds, et les dindouillers sur les ultra-goulettes

La carte à fonds, finalement, on peut en déduire ce que c'est : il doit s'agir d'une sorte de restaurant à jambon et autres andouillettes -je vois pas, sinon. Et pourquoi ce n'est pas dans le menu de ce restaurant à jambon qu'on trouverai l'antidote pour guérir ces malheureuses dindes transportées en orbite d'où elles voient le soleil se lever ? Pas du même point de vue, d'ailleurs, qu'au début, passe qu'une dinde interplanétaire, ça voyage, ça fait de la route, on se rend pas compte. Mais c'est pas dans le vide intersidéral qu'elles vont trouver le menu d'un restaurant à jambon, faut pas se faire d'illusion.

Notez, par contre, que ce titre commence par "De". On peut associer ce propos à ce livre "De l'art d'accommoder les restes" que les copains de Roger Lafarine lui offrirent pour célébrer son anniversaire... Je croyais pas si bien dire : j'ai cherché ce titre sur google, et au lieu d'aller voir le bouquin qui fut jadis offert à Roger, j'ai cliqué sur un lien, un chouette site, au demeurant, mais qui, concernant Marguerite Lafarine, n'en croit pas si bien dire... Quand je pense que j'ai un pote qui croit que Dieu n'existe pas... Salut, mon gars.

Allez go, mais c'est pas tout ça, on percute et on file direct dans l'espace pour sauver ces malheureuses dindes coincées là par épidémie avec le croupion sur le bout du museau.

"Bon, dit l'une d'entre elles, on a l'air truffes, là, on dirait Marguerite Lafarine, faut faire quéquechose, on va pas coucher ici non plus."

C'était clair ; pas de restaurant à jambon, ces malheureuses ultra-goulettes interplanétaires décidèrent de prendre les choses en main.

Et justement, comme quoi, quoi d'en dise un mien copain à qui on le la fait pas, le hasard fait souvent bien les choses (sauf la fois, faut dire, où j'ai essayé de jouer au loto et alors là, non, pas terrib) elles virent poindre à l'horizon la station Mir qui ne savait pas où donner de la tête et qui tournait là, comme une andouille, depuis des décennies à s'ennuyer ferme.

"Salut, station Mir, dit la dinde qui avait déjà parlé et qui, décidément, semblait bien avoir pris le pas de s'auto-proclamer chef de patrouille, on a des ennuis, on a attrapé une maladie qui nous donne cet air d'échappées de la charcuterie de l'espace, mais en vrai, on est des ultra-goulettes, sexy en diable, tu pourrais pas nous ramener par chez nous, par hasard, des fois, qu'on aille voir le docteur et qu'on en finisse ?

La station Mir fit un peu la gueule -déjà, elle était vexée parce qu'elle était pas sur la photo (si si, regardez bien, vous ne la verrez pas). En plus, les malheureuses dindouillettes, elles avaient pas l'air bien ragoûtantes avec leur trou du cul sur la tête. Mais bon, délit de sale gueule, c'est du racisme, ça ne se fait pas, et la station Mir savait ne pas avoir été élevée par les staliniens pour, au final, faire la fine bouche devant de la volaille coprocéphale.

"Ouais, bin, dit-elle, je sais pas, faut voir... vous savez, moi, on m'a abandonnée là, toute seule, depuis plusieurs jours déjà, je suis trisse, en plus, c'est pas sur mon plan de vol, j'ai pas de procédure pour ça, vous savez, ça m'inquiète un peu.

L'une autre des dindes présentes proposa de supplier à genoux, de façon à faire fléchir la sensibilité de la station Mir. Mais la chef des dindes lui fit remarquer que non, ça n'irait pas, passe que déjà, se foutre à genoux, pour une dinde, ça va pas de soi, et qu'en plus dans l'espace y'a pas de sol et que sans sol on peut pas se mettre à genoux.

- On peut peut-être se mettre à genoux dans la station Mir, proposa l'autre ;

Ouais, pas con, fit la première, mais, avec l'apesanteur, comment tu distingues le sol du plafond, toi, de la station Mir ? Comment qu'on va avoir l'air nouilles si on s'agenouille (tiens, ça rime) au plafond, nous, encore, on a pas besoin de ça.

- Exact, fit la station Mir, pis, aussi, faudrait peut-être voir songer à me demander mon avis, passe que moi, ça me réjouit guère, moi, l'idée d'avoir des dindes à genoux au plafond, c'est vrai quoi, je voudrais vous y voir.

La discussion menaçait de s'éterniser, et ça ne paraissait bon ni pour les dindes qui en avaient déjà franchement marre de l'espace, ni pour les lecteurs du blog du Varan -pas trop pour l'auteur non plus, faut dire, ni pour la station Mir qui avait de plus en plus l'impression de n'être là que pour faire de la pub pour une marque de lessive ; pour le fleuron de l'art soviétique, c'était un peu humiliant.

"Alors non, trancha la station Mir, je suis pas une rôtisserie, non plus, allez vous faire voir ailleurs. D'ailleurs, j'ai pas de moteur, comme la fusée dans la chanson de Bénabar (tiens, j'ai pas de site pour Bénabar, j'aime bien Bénabar, salut Bénabar !) et c'est pas que je pourrais jamais décoller, moi, je pourrais jamais atterrir. D'ailleurs, c'est du flan tout ça, on dirait les cuisses de Marguerite Lafarine, passe que je n'existe même pas. Je suis pas là. Les ricains, y m'ont détruite il y a longtemps passe que Paco Rabane avait peur que je tombe sur Paris le premier janvier 2000, le con, ça fait onze ans et des poussières et  j'en suis pas encore là. Alors disparaissez de mon chemin, voilà.

Les ultra-goulettes méta-formosées furent bien marries d'avoir ouï cette tirade, même si celle qui avait proposé qu'on suppliasse à genoux fit remarquer que le fait qu'elle soit pas là devait bien pouvoir rendre compte de celui qui voulait qu'elle ne fut pas sur la photo. Ses copines l'enjoignirent, mais en plus poli, d'aller se faire foutre par celui d'entre ses croupions qui lui plairait. Elle se tut, humiliée.

"Bin, alors, par contre, reprit la cheftaine à la station Mir, si t'es pas là, c'est quoi qui y'a, alors, pisse que y'a quéque chose, non, quand même ?

- Bonne question, dit le truc, je sais pas. D'aucuns parlent d'un vieux satellite tellement petit qu'on peut pas le voir sur la photo même s'il y est, les autres prétendent qu'il s'agirait d'une lampe de poche égarée là jadis par un cosmonaute peu scrupuleux de l'usage des fonds publics à son époque, toutes les hypothèses sont permises, c'est ça, la science, yapluka tester.

- Non, dit celle des dindes qui l'était aussi à l'intérieur de la tête, on peut pas rentrer sur terre en lampe de poche, je peux pas accepter ça.

Les autres acquiescèrent, en regrettant toutefois que le chroniqueur n'eut pas de vérificateur orthographique dans son éditeur blog pour s'assurer du bon ordre et de l'à propos des lettres avec lesquelles il avait composé le verbe principal de sa phrase. Mais ça ne les empêcha pas de faire remarquer qu'elles n'étaient point sorties de l'auberge pour autant, avec tout ça.

La cheftaine allait dire quelque chose quand elles entendirent un cri : "Venez voir, les mecs, putain, y'a des dindes !!!"

Elles se retournèrent, forcément, et se virent face à face avec un cosmonaute tout blanc qui rappelait un peu les méchants soldats dans la guerre des étoiles. Sauf qu'il avait à la main une grande fourchette à deux dents du genre de celles qu'on vend dans les supermarchés quand revient la saison des barbecues, et qu'il courait vers elles de façon inquiétante, suivi par deux ou trois de ses compagnons tout aussi ridiculement sapés comme lui.

"Cassons-nous, les filles, cria la dinde-dinde (la dinde carré), ça craint du boudin !"

Elles ne se le firent pas dire deux fois et déguerpirent aussi vite qu'elles le pouvaient, ce qui ne les empêcha pas d'entendre l'un des cosmonautes dire à son pote qu'elles avaient l'air un peu transgéniques, comme dindes, que peut-être ce serait toxique et que mieux valait ne pas prendre de risques, dans l'espace. "Tu rigoles, dit l'autre, depuis six mois qu'on bouffe que du caviar lyophilisé et que le Varan ne connaît même pas l'orthographe des mots compliqués, je m'en fous où elles ont le derrière, moi, ces dindes, vive Noël, par ici la bonne soupe !!!"

Inutile, bien sûr, de préciser qu'elles ne furent pas rassurées d'entendre ça, surtout qu'il sortit une carabine à répétition de sa manche gauche (un genre de Winchester)(pas la manche gauche, la carabine), mit en joue et fit feu à plusieurs reprises ; mais comme il visait mal, à cause de l'apesanteur, il mit pas mal de cartouches à les dégommer toutes ; de toute façon, c'était la Nasa qui payait les munitions. "T'es con toi, de les avoir toutes tuées, fit un autre cosmonaute, y'a bien trop à bouffer pour nous, dans toutes ces dindes, on est que trois !"

Bon, c'est vrai, l'autre était un peu embêté. Il fit cependant valoir que comme ça, y'aurait du stock et que ça allait se conserver, dans l'espace y fait moins 130, bonjour le congélo. "De toute façon, dit-il, faut pas avoir de regrets : j'ai entendu un peu ce qu'elles disaient, juste avant de nous voir, leur problème, c'est qu'elles ne savaient pas comment redescendre.

- Et alors, dit son pote ;
- Bin voilà, dit l'autre, c'est fait maintenant, elles sont descendues.

dimanche 06 novembre 2011 11:53 , dans Chroniques du monde perdu


L'ampoule de la lampe de bureau était dévissée d'un quart de tour

Blog de varandzo :Le Varan, L'ampoule de la lampe de bureau était dévissée d'un quart de tour

Il s'agit forcément d'une histoire qui se passe dans un bureau. Encore que non : il peut très bien y avoir une lampe de bureau ailleurs que dans un bureau. La preuve, c'est que je possède une lampe de poche qui n'a jamais été dans ma poche ; alors, paf. Mais pour l'instant, la lumière n'est pas allumée.

Un bureau, c'est fait pour burer. Y vivent des bureurs et des bureuses -ça suppose qu'un couteau c'est fait pour couter, par un couteur ou une coutrice, par exemple (le français a des exceptions incroyables). La nuit, les bureaux sont vides, les bureurs et les bureuses sont plongés dans le sommeil.

Donc : il s'agit d'un incroyable français qui a rendez vous avec une coutrice, mais il fait noir. C'est là qu'il se dit : "Putain, merde (je sais pas si on a le droit de gromer dans les blogs, mais c'est pas moi, c'est ce français incroyable) j'ai pas consulté les mises à jour du blog du varan !!!

Bon, après, s'il a rendez-vous avec sa jolie coutrice, c'est pas pour disserter avec elle des conneries qu'on trouve sur internet, si caustiques et iconoclastes soient-elles. Mais on sait toujours pas pourquoi il fait noir ; c'est sans doute la nuit. Ils ne sont donc, ni l'un ni l'autre, bureur ou bureuse.

Moi, je serais la coutrice, je me dirais : "Diantre, un rendez-vous nocturne, il y a éléphant sous trèfle, baleine sous gravillon". Mais je ne suis pas la coutrice, je ne suis pas non plus ce français incroyable dont je conte l'histoire, tanpi pour moi, passe qu'elle est pas mal mais le dites pas à ma femme.

L'ennui, on va dire, avec cette coutrice, c'est qu'à part couter, elle est un peu lente de la courge ; alors elle se dit rien, elle se contente de penser : "Tiens, j'ai rendez-vous nuitament avec un français incroyable... Peut-être a-t-il quelque chose à couter, pour avoir besoin d'une coutrice".

Mais comme on ne voit rien, ni, d'ailleurs, où le Varan veut en venir, la photo en haut du texte n'est pas là non plus. Enfin si, mais on la voit pas. C'est suspect. Cet incroyable français n'aurait-il pas idée de lui chanter "Voulez vous couter avec moi ce soir" ?

Va donc falloir songer à allumer la lumière. L'incroyable français sort sa lampe de poche pour tenter de trouver le bouton ad hoc mais bernique ! Que dalle, schnoll, rien du tout. Pas de bouton. Nous sommes en présence d'une pièce a-boutonnée, lobotomisé du plafonnier. Bizarre, étrange.

C'est là qu'un lecteur averti se dit : "Tiens, cette pièce, elle souffre du même symptôme que le Varan qui vient de la créer..." Il n'est pas con, le lecteur averti, faut pas croire. Faut aussi arrêter de gromer. La coutrice, elle, ne se dit rien du tout ; elle se contente...

Elle a du mal à finir ses phrases, la pauvre chérie, elle est un peu lobotomisée du plafonnier, elle aussi ; ça doit être contagieux. Et c'est assez crétin, passe que même si elle est jolie, dans le noir, c'est comme la photo, ça va pas se voir. L'incroyable français risque de s'ennuyer. Il est mal barré.

Oui oui -yes yes- je sais ce que vous êtes en train de penser : moi aussi je suis mal barré. Tanpi, j'assume. Puisque c'est pas moi, ce français incroyable, je n'ai pas grand chose à perdre dans l'histoire. Il ne peut quand même pas se la faire à la lampe de poche, il n'aurait pas l'air malin.

C'est là qu'il se dit : "Damned ! j'avais pas pensé : peut-être y a-t-il une lampe de bureau, quelque part !" Et il part à la recherche d'une lampe de bureau quelque part avec sa lampe de poche pendant que sa coutrice l'attend patiemment, le temps que les questions lui remontent jusqu'à la courge.

Et là, d'un peu loin, il en voit une (de lampe de bureau, pas de courge) ; il jubile. Il court vers elle, éperdu  d'enthousiasme, passe que la perspective de se taper la jolie coutrice dans le noir et un bureau n'avait vraiment rien d'intéressant ; de quoi bailler sous gravilène. Griller sous bavilène. Baver sous graillilène.

Dans le faisceau de la lampe de poche, il essaie fébrilement de localiser le bouton qui sert à allumer la lampe de bureau ; deux possibilités : soit c'est sur le socle, soit quelque part le long du fil. Sur le socle il n'y a rien ; ou alors c'est la lampe de poche qui déconne, ça peut toujours arriver.

Pendant que ce français incroyable est en train d'explorer le fil de la lampe de bureau à la lueur de sa lampe de poche, sa jolie coutrice dans le noir commence à s'ennuyer et se dit : "Mais qu'est-ce qu'il fout ?" Elle se demande si il ne se foutrait pas de sa gueule par hasard. C'est vrai, quoi, à la fin.

Alors elle se dit qu'elle devrait mieux essayer de trouver la porte pour s'en aller. C'est pas difficile à trouver, la porte, c'est juste à côté de là où il n'y a pas d'interrupteur pour allumer le plafonnier qui n'existe pas ; même pour une coutrice un peu lente de la courge c'est à la portée de.

L'incroyable français, dans l'intervalle, a trouvé le fil. Il le parcourt lentement de la dextre et quand il voit que la coutrice fait mine de se barrer, il pense qu'il y a là une contradiction : il ne peut pas la voir puisque c'est dans le noir. Enfin, après, si ça m'arrange, j'ai bien le droit de, c'est moi qui écris.

Alors il lui dit : "Attend, attend ! Je viens de trouver l'interrupteur !" Et clic ! il fait. Et que dalle, ça ne sert à rien, ça ne marche pas. La lumière ne s'allume pas. La jolie coutrice se dit qu'il devait peut-être avoir besoin d'une coutrice pour couter court à la conversation ; alors elle s'apprête à obtempérer.

En cherchant la porte, elle lui fout le doigt dans l'œil -normal, il fait noir. L'incroyable français dit : "Aïe !" et lui retourne une baffe avant de tâter à nouveau la lampe de bureau et s'apercevoir que ça marchait pas juste passe que l'ampoule était dévissée d'un quart de tour. Il la resserre et bingo.

Pendant ce temps-là, la coutrice, pas contente du tout de s'être pris une baffe, a profité de la lumière  enfin revenue pour trouver la porte et retourner à ses occupations. L'incroyable français en est quitte pour se dire qu'il aurait mieux fait de se la taper à la lampe de poche. Ou dans le noir, pourquoi pas ?

Et moi, comme ça -et même si je ne l'avais dit à personne au début, j'ai gagné mon pari puisque j'ai réussi à écrire une histoire sur le thème : "L'ampoule de la lampe de bureau était dévissée d'un quart de tour" en vingt fois quatre lignes : Vous me devez deux francs.

 

dimanche 30 octobre 2011 17:26 , dans Histoires vraies


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