Alors : on peut commencer par le sujet "Si les poissons à cuisses et les salades mutantes... et on continue : avaient des plumes, les pétruches auraient des dents ; ça n'a, déjà, aucun rapport avec Marguerite Lafarine. Mais les mouettes ont toutes attrapé la grippe aviaire, y'a quelques temps, c'est pour ça qu'on ne la voit plus, celle-ci de la télé qui s'appelait Loana : elle est confinée, bicoze le Ninistre a dit TOUTES les volailles, sauf les poulets de Bresse d'origine contrôlée. Si Loana avait été un poulet de Bresse d'origine contrôlée, on l'aurait su.
Donc, un jour, Marguerite Lafarine, qui, pourtant, n'avait pas été enceinte depuis longtemps (beurk !!!) eut une envie. Roger était au boulot à sauter sa secrétaire en échange de l'éventualité de l'acceptation d'une petite augmentation de salaire (sous réserve qu'il aurait le droit de la fouetter si elle faisait des fautes d'orthographe -faut pas déconner)(pis, aussi, elle était jolie, la secrétaire, avec ses jarretelles, c'est de la provoc) et elle se dit donc qu'elle n'aurait aucun scrupule à avoir pour satisfaire, elle aussi, son propre désir ; y'a pas de raison.
Elle se rendit donc, après avoir chaussé son chapeau ridicule de bourge, ses escarpins vernis et son parapluie -il bruinait- à la poissonnerie la plus proche de chez elle et de laquelle elle était cliente depuis maintenant plusieurs années déjà.
Marguerite demanda poliment à l'ouvreuse locale et obséquieuse commerçante de la fournir, s'il vous plaît en sardines, et des bien grasses autant que possible. "Vous savez, dit la zelle, ça va puer, chez vous, si vous cuisinez ça sans préavis.
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Depuis le temps que Roger se tape des morues derrière mon dos au travail, fit Marguerite, je pense que j'ai bien légitimité de m'enfiler quelques sardines à la maison si le désir m'en prend...
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Un peu macho, fit la sonnière, comme propos, vous vous rendez compte, zavez pas honte ?
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Si, un peu, répondit Marguerite, mais caisse que ça change, hein, de dire des zorreurs, je vous le demande.
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Ben, vous pourriez essayer des petits filets de merlan, proposa la poisse, bien roulés dans la farine, à la poêle...
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Foutez pas de ma gueule, dit Marguerite, moi aussi, ça fait des années que je suis roulée dans la farine à poil ; ça m'a pas trop réussi, je vous signale.
Pendant ce temps-là, Roger Lafarine avait fini sa petite cuisine mais ne se déclara pas entièrement satisfait de sa subordonnée ; celle-ci non plus, au demeurant, puisque l'aventure présente n'avait alors pas l'heur d'arranger ses affaires. Elle pensait bien aller se plaindre aux prud'hommes -qui ne sont pas, pour autant, des hommes prudes- ou au syndicat, mais ça risquait plus d'empirer encore les choses qu'autre chose. En plus, rien n'indiquait non plus que les notables en question ne soient sensibles à la chose : entre la poissonnerie et la volaille, sans doute n'aurait-ils eu que des connaissances par trop fragmentaires.
De surcroît, il faut bien reconnaître que Roger Lafarine, en bon bourgeois, montrait une fâcheuse propension à considérer autrui que comme des cons, surtout les inférieurs. Il était, certes, très démocratique, donnait à l'école libre et aux oeuvres mais, pour autant, avait quand même un peu tendance à considérer que la plèbe lui devait respect et dévotion, sans parler d'une obéissance absolue et de quelque gratitude. Sa secrétaire ne pouvait se révolter, il n'aurait pas compris. Il pensait très sincèrement que son statut lui donnait pouvoir de juger et décider de la vie du peuple, du bon droit des gens à faire valoir telle ou telle prérogative, tout autant que de la manière de se comporter ou d'éduquer leurs enfants. Pas simple.
Je vais jamais y arriver, moi : deux fois que je perds mon texte... La première fois, j'ai cliqué sur la mauvaise case et la deuxième, la bécane a planté ; ça doit être Marguerite Lafarine qui me porte la poisse. Elle m'aura vraiment fait chier jusqu'au bout, celle-là. Bon, allonzi. Marguerite Lafarine, malgré tout, bien décidée à ne pas bouffer ses sardines sans quelque accompagnement, laissa traîner ses pas jusqu'à chez la marchande des quatre fromages du coin. C'est logique, non, zavez déjà bouffé de la salade sans fromage, vous ? Et zavez pas lu le titre ? Faut tout leur dire, c'est pas vrai, ça.
Celle-ci, de marchande, déballa son sac. Elle raconta à Marguerite qui, pourtant, uniquement et comme quant à l'accoutumée préoccupée de ses propres problèmes et qui, donc, n'en avait rien à foutre, tous les déboires de la profession. Les vaches folles, les asticots transgéniques, le nuage de Chern'O bile et maintenant la grippe aviaire... "Même la salade, lui dit-elle, s'y mettait... Les limaces, de nos jours, étaient intégrées aux feuilles, celles-ci tellement lisses que l'huile et le vinaigre n'y accrochaient plus. Pareil, les asticots, les larves, les bêtes, faisaient directement partie de la plante, on pouvait plus nettoyer, fallait bouffer la vermine avec la salade, elle se transformait, aurait-on dit, en certains fromages explosifs qu'on trouve dans Astérix... "Tout fout le camp, ma bonne dame, dit la fromagère, si c'est pas malheureux..."
Marguerite Lafarine quitta la boutique sans faire plus de commentaires que ça. De toute façon, la volaille, ça ne lui évoquait guère d'autre souvenir que quand sa fille avait tenté de se suicider en se jetant dans les toilettes -pas facile, ça, déjà- mais, comble de l'habileté, en tirant la chasse d'eau à la fin à cause de Marie Claude Gala à Marseille (zavez ka lire les autres chroniques de ce blog si vous comprenez pas, c'est marqué dedans). Elle s'en contrefoutait de plumer les sardines avant utilisation, pourvu que la salade fut verte et que l'huile s'en gouline ; seules ses propres affaires avaient de l'intéresser.
C'est donc sans doute à cause de l'impression bizarre que lui avait faite cette fromagère dépressive que le son d'un piano-jazz qui parvint soudain, de la glace ouverte d'une voiture qui passait à propos, lui rappela immédiatement, lui fit venir à l'esprit, telle une libre association de chez le psy, la tronche d'un autre siècle, l'évocation transgénique de Michel Petrucciani -je sais pas comment ça s'écrit, c'est pour ça que d'habitude on dit Pétruche... J'ai pas de site sur lui, non plus, bicoze je cours pas après. Mais bon, c'était un bon gars. Salut Pétruche !- préfigurant dignement le message de l'art contemporain face à la folie biotechnologique des hommes en mal de profits pernicieux et de sources d'énergie non renouvelables. Mais le problème, c'est que, comme toutes les associations de chez le psy, celle-ci générait comme parasites tant les autruches que les baudruches, de telle sorte que cette pauvre Marguerite Lafarine avait bien du mal à dépatouiller le cours de ses pensées des sardines à cuisses de Roger, des poupées gonflables et de la volaille grippée qui lui faisait concurrence déloyable dans l'exercice plutôt limite de sa sexualité conjugale. Où, pour dire les choses autrement, elle était pas sortie de l'auberge.
Pour conne qu'elle était -et il est patent qu'elle était bien partie pour le rester : la perpétuité ne s'assortit pas nécessairement d'une période de sûreté quand on sait que le condamné n'a aucune chance de recouvrer la liberté- elle avait bien mesuré que ses cuisses à elle ne vaudraient celle d'une morue basique de Roger que le jour où les autruches troqueraient leur grippe avicole contre un râtelier de mâchelières, le jour où Pétruche, ressuscité, ressemblerait à George Cloné et où les ballons gonflables deviendraient d'autant plus sexy qu'ils auraient tout soudain du charme et de la conversation... Elle se faisait pas d'illusions, quoi.
Je pense que c'est ça qui la rendait un peu dépressive... N'empêche, elle aurait été agréable, avenante et sympa, il est probable qu'on aurait eu quelque sympathie pour elle, voire, finalement que sa vie aurait été telle que, peut-être, elle s'en serait foutue, de tout ça, de pas avoir l'air jeune alors qu'elle virait vieille. Mais là, de toute façon, elle allait finir comme une vieille peau, une vioque de bourge égocentrique ne valant même pas le prix des pots d'anti-rides professionnel que Roger lui payait pour qu'elle lui foute la paix. Une vioque de moche dont personne ne voudrait plus jamais et dont la carcasse ne justifierait même pas l'achat d'une poubelle. Beurk, oui, voilà, c'est le mot que je cherchais. Joyeux Noël.
















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